La zone euro appelle à Rome à “saisir la main tendue” par Bruxelles

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Les ministres des 19 pays ayant adopté la monnaie unique étaient réunis dans la capitale belge pour la première fois depuis le rejet, le 23 octobre, du projet de budget italien par la Commission européenne.

Fustigeant “une déviation claire, nette, assumée” par rapport aux règles européennes, Bruxelles a laissé à l’Italie jusqu’au 13 novembre pour lui soumettre un budget révisé.

“Notre état d’esprit est celui du dialogue”, a insisté lundi le commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici. Mais “nous ne sommes pas une négociation. Les règles sont les règles”, a-t-il ajouté.

“Le gouvernement italien doit saisir la main tendue”, a affirmé le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, quand son homologue allemand, Olaf Scholz, estimait que la Commission avait donné “un conseil amical” à l’Italie en lui demandant de revoir son budget.

AFP/Archives / Filippo MONTEFORTEDe gauche à droite: Luigi Di Maio, dirigeant du Mouvement 5 étoiles, Giuseppe Conte, président du Conseil, Matteo Salvini, leader de la Ligue et Giovanni Tria, ministre de l’Economie et des Finances, le 15 octobre 2018 à Rome

Les ministres des Finances de la zone euro ont appelé lundi la coalition populiste au pouvoir en Italie à “saisir la main tendue” par Bruxelles en revenant sur son projet de budget, faute de quoi elle devra en affronter les “conséquences”.

L’exécutif européen reproche à la coalition italienne, formée de la Ligue (extrême droite) et du Mouvement Cinq Etoiles (M5S, antisystème) d’avoir présenté un déficit de 2,4% du produit intérieur brut (PIB) pour 2019, très au-dessus de ce que prévoyait le précédent gouvernement de centre gauche (0,8%).

L’Italie s’expose à une “procédure pour déficit excessif”, susceptible d’aboutir à des sanctions financières si elle refuse de modifier son budget – ce qu’a déjà annoncé le gouvernement italien.

Si un pays “dit que les règles ne l’intéressent pas, il doit y avoir des conséquences. C’est simple et clair”, a tweeté le ministres slovaque des Finances, Peter Kazimir.

“La procédure (pour déficit excessif) sera engagée mais il y aura une phase de dialogue”, a estimé lundi dans le Financial Times Luigi Di Maio, le chef de file du M5S. “Je ne pense pas que nous irons jusqu’aux sanctions financières”.

Le vice-premier ministre se dit convaincu qu’il est possible de “réduire considérablement la dette publique avec un budget important” et que la “recette” italienne fera des émules.

AFP/Archives / FREDERICK FLORINLe commissaire européen aux Affaires économiques, Pierre Moscovici, au Parlement européen à Strasbourg, le 23 octobre 2018

Le patron de la Ligue, Matteo Salvini, également vice-premier ministre, a, lui, appelé ses partisans à manifester le 8 décembre à Rome pour dire “pacifiquement” aux “messieurs de Bruxelles : laissez-nous travailler, vivre et respirer”.

– “Basta !” –

“L’Italie agit ouvertement contre les règles. (…) Au final, cela pourrait ralentir encore plus son économie”, a souligné le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis.

La situation économique en Italie est déjà préoccupante, avec un taux de chômage à 10,1%, très au-dessus de la moyenne de la zone euro (8,1%), et une stagnation de l’activité au troisième trimestre, une première depuis trois ans, qui ne sera pas sans conséquences dans le bras de fer entamé avec Bruxelles.

La coalition a en effet bâti son budget 2019 sur une prévision de croissance très optimiste de 1,5%, contre 1,1% pour la Commission, qui doit présenter jeudi ses nouvelles prévisions.

Or si la croissance est plus faible que prévu, le déficit risque d’être encore plus important, ce qui alourdira un peu plus l’énorme dette italienne de 2.300 milliards d’euros (131% de son PIB).

AFP/Archives / JOHN THYSLe chef du gouvernement italien Giuseppe Conte, à Bruxelles, le 19 octobre 2018

“Je pense que l’électorat de la Ligue va être tenté de dire +basta !+ parce que l’Italie s’isole”, surtout “si le spread (l’écart très surveillé entre les taux d’emprunt allemand et italien à dix ans, ndlr) devient inquiétant”, analyse Sébastien Maillard, directeur de l’institut Jacques Delors.

Le “spread” oscille désormais autour de 300 points de base, contre une moyenne de 130 enregistrée sur les quatre premiers mois de l’année, mais le scénario d’une crise comme celle vécue en Grèce est encore loin.

Les banques italiennes, réputées fragiles, s’en sont d’ailleurs bien sorties lors des tests de résistance publiés vendredi par l’Autorité bancaire européenne, au cours desquels les banques de l’UE étaient confrontées à un scénario fictif pessimiste.

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